Contenu Menu Aide et Accessibilité
Les catalogues raisonnés
En 1792, alors que les œuvres d'art ayant appartenu à la Couronne deviennent possession de la Nation, plusieurs collections de gravures constituées sous l'Ancien Régime se trouvent pour la première fois rassemblées. C'est de cette réunion que va naître la Chalcographie nationale, fondée le 23 floréal an V (12 avril 1797), en vue de soutenir l'art de la gravure et d'exploiter l'immense fonds dont la nation est dépositaire. Ce faisant, la Chalcographie nationale reprend une tradition déjà ancienne, inaugurée par Louis XIV qui le premier lança une véritable politique de soutien à la gravure, en accordant dès 1660 aux graveurs le statut légal qui leur faisait défaut jusqu'alors, et en créant en 1667 aux Gobelins un atelier de " graveurs ordinaires du Roi ". C'est aussi sous son règne que sont constituées les deux plus importantes collections que la Chalcographie recueillera ensuite : le Cabinet des planches gravées du Roi et le Fonds de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture.
L'origine première de la Chalcographie remonte à Louis XIV. En 1667, Louis XIV décide, " afin d'encourager l'art de la gravure et d'en continuer l'histoire ", de faire graver sur cuivre les événements militaires et culturels importants de son règne et de faire reproduire les œuvres peintes ou sculptées appartenant aux collections de la Couronne. En moins de vingt ans, plus de 300 000 livres sont consacrées à des recueils offerts à titre d'hommage ou mis à la disposition des amateurs : le Carrousel de 1662 ; le Recueil des plantes gravées par ordre du Roi, gravée d'après les miniatures de Nicolas Robert et décrite par Denis Dodart, pour l'Académie des Sciences en 1670 , les Plaisirs de l'Ile enchantée (divertissements donnés par le Roi à Versailles) gravés par Lepautre. À la mort de Colbert, le fonds comporte 1 337 planches gravées. Colbert tire rapidement parti de ce soutien actif du roi à la gravure. En 1670, il fait réunir les planches gravées en volumes agrémentés de descriptions pour les offrir aux notables du royaume et aux ambassadeurs des cours étrangères, diffusant ainsi l'image de la gloire du souverain. En 1679, afin de compenser des coûts trop élevés, le ministre décide de la vente des tirages. C'est le début de la commercialisation des gravures qui connaîtra un succès grandissant.
Eau-forte et burin de Jean-Michel Moreau Le Jeune (1741-1814)
Sous Louis XV, la gravure est un art reconnu qui n'a plus besoin d'encouragements. Quelques mécènes entretiennent des graveurs et les épreuves se vendent bien. Les acquisitions, peu nombreuses, se limitent à la représentation des fêtes et cérémonies, pompes funèbres ou décors de billets d'invitation. Le règne de Louis XVI n'apporte pas de réel changement si ce n'est que les acquisitions y sont encore moins nombreuses.
En 1655, sept ans après sa fondation, l'Académie royale, jusque-là ouverte aux seuls peintres et sculpteurs, modifie ses statuts pour que " les excellents graveurs puissent être reçu académistes ". Mais il faut attendre 1672 pour qu'un graveur soit agréé ; ce sera Sébastien Le Clerc. Pour chacun des graveurs qu'elle reçoit, l'Académie impose un " morceau de réception " : la copie, par la gravure, de l'œuvre de l'un des académiciens, le plus souvent un portrait. Jusqu'en 1789, quarante-huit graveurs sont admis à l'Académie et 65 morceaux de réception (à partir de 1704, deux morceaux de réception sont requis) entrent ainsi dans les collections de l'institution. Des dons complètent le fonds de l'Académie, dont le plus remarquable -la série des 223 planches gravées par le comte de Caylus d'après les dessins du Cabinet du Roi- est consenti par Coypel en 1747. Enfin, à partir du milieu du XVIIIe siècle, l'exploitation commerciale de son permet à l'Académie d'enrichir ses collections par des acquisitions ou des commandes ; en 1773, elle achète ainsi les cuivres de la succession de Jean Audran. L'inventaire de 1775 mentionne 54 portraits et 328 sujets d'histoire et autres. Jusqu'en 1789, son fonds s'accroît encore de 188 planches (morceaux de réception, dons et acquisitions).
L'Académie royale de Peinture et de Sculpture est dissoute le 8 août 1793.
En 1792 se trouvent pour la première fois réunies à la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu, plusieurs collections de gravures : les planches du Cabinet du Roi (1337), des Menus Plaisirs (194), de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture (571) et d'autres encore, en provenance notamment de la surintendance de Versailles et de la Maison de Ville de Paris. Le général Pommereul propose alors au ministre de l'Instruction publique la création d'une Chalcographie nationale. Son projet prévoit la fondation d'un lieu de conservation des planches, d'impression et de vente des épreuves, d'un atelier où de nouvelles planches seront gravées, et d'un musée consacré à la gravure. La Chalcographie nationale est fondée le 12 avril 1797, son règlement approuvé le 2 mars 1799 ; les ventes commencent le 2 juin de la même année et les commandes et acquisitions reprennent.
C'est sous le Premier Empire que sont commandées les 907 planches de la Description de l'Egypte (qui ne seront attribuées à la Chalcographie qu'en 1854), ainsi que 250 autres planches parmi lesquelles les séries du Sacre de Napoléon, du Mariage de l'Empereur avec Marie-Louise, de la Colonne de la Grande Armée et du traité de Le Brun sur les rapports de la physionomie humaine avec celle des animaux.
La Restauration n'apporte que la série des 30 planches du Sacre de Charles X et deux portraits. La République de 1848 redonne une impulsion à la Chalcographie par d'importantes acquisitions : 27 planches de la Galerie du Luxembourg de Rubens, 121 planches des Villes, Châteaux et Maisons royales de Rigaud, 126 planches de l'Iconographie de Van Dyck et 30 fac-similés de dessins de grands maîtres.
Sous le Second Empire, la Chalcographie accroît considérablement son fonds. Le ministère de l'Instruction publique lui donne la Statistique monumentale de Paris d'Albert Lenoir et les monographies des cathédrales de Chartres et de Noyon par Lassus et Daniel Ramée ; la Ville de Paris lui cède l'œuvre de Baltard sur les monuments de Paris, de Fontainebleau…; la célèbre Description de l'Egypte rejoint alors ses collections. La Chalcographie acquiert les plus anciennes planches de son fonds, les Siège de la Rochelle et Siège de l'Isle de Ré gravées entre 1628 et 1630 par Jacques Callot (1592-1635) à la demande de Louis XIII. A la suite de l'Exposition de 1853, l'Empereur commande pour 350 000 francs de gravures d'interprétation ; 14 fac-similés de dessins de grands maîtres sont également réalisés. En 1864, le surintendant des Beaux-Arts affecte à la Chalcographie tous les envois aux grands prix de Rome.
Eau-forte et burin de Louis Boutelier (1843-1914) d'après Dominique Ingres
Burin de Kiyoshi Hasegawa (1891-1980)La Troisième République voit s'institutionnaliser les pratiques d'acquisition : chaque année, la Chalcographie reçoit du ministère de l'Education nationale et des Beaux-Arts un certain nombre de planches achetées directement à des artistes. La Réunion des musées nationaux, établissement public fondé le 16 avril 1895 recueille les recettes des ventes d'épreuves et prévoit chaque année un crédit pour l'achat de planches nouvelles à des graveurs contemporains. Au XXe siècle, les acquisitions se portent vers les gravures originales plutôt que d'interprétation et la préférence va à la gravure contemporaine, sans pour autant exclure l'enrichissement du fonds ancien.
© Réunion des musées nationaux